Notre camarade Jean Luc MINIER nous avait fait parvenir il y a quelques jours une
analyse extèmement pertinente sur la réforme du lycée . J'ai peur que ce texte ait été négligé par certains à cause de notre campagne interne et celà un peu par ma faute. Pour "réparer", je me
permet de le reprendre tel quel sur mon blog
Il s’agit d’une Lapalissade de constater que l’élève d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a 20 ans. Davantage fasciné par les mirages l’économie de marché, encore plus inscrit dans le mouvement et dans l’activisme que lui propose la société, l’enfant puis l’adolescent sont devenus plus sollicités et instrumentalisés que jamais !
Parce que le système scolaire s’était développé en dehors de l’espace marchand, il semblait que
la transmission des valeurs laïques et républicaines, étaient étroitement dépendantes du seul espace scolaire. Or, en quelques décennies, plutôt que de contribuer à innerver ces
valeurs et construire la conscience du futur citoyen, les ministères successifs n’on cessé de saper les bases de l’Instruction:
- Recul de l’âge de la scolarisation (de 2 à 3 ans),
- Suppression du samedi matin à l’école élémentaire.
- Coupes claires dans de nombreux domaines disciplinaires, comme la littérature (amputée, dans le secondaire, de l’équivalent de deux ans d’enseignement). l
- Langues peau de chagrin dont l’horaire a fondu depuis 2000.
- Disciplines technologiques amoindries en 1993 et 2005.
- Options culturelles et artistiques réduites à la portion congrue.
Cette logique conjuguée avec l’habitude des classes aux effectifs bondés (30 à 35 élèves par division au niveau déterminant de la classe de seconde) affaiblit irrémédiablement le collège, puis le lycée. Parce que ces amputations réduisent, non seulement la place nécessaire à la transmission des savoirs, mais aussi celle de l’aide méthodologiques, des synthèses, des exposés jadis rendus possibles par des horaires plus amples, les projets récents ont fragilisé la qualité de l’enseignement. Ce rétrécissement actuel a compromis les chances de réussite de bon nombre de lycéens. Ceux-ci, manquant des connaissances, de références culturelles, de méthodes efficaces de travail, échouent, au moins dans un premier temps, face aux exigences d’un enseignement supérieur, devenu point de passage incontournable de leur future insertion.
Ainsi, la déclaration d’intention visant à la « revalorisation des compétences
linguistiques des élèves » laisse songeur. Au-delà de cette posture déclarative, nous sommes en droit de nous poser les questions cruciales :
- Quels renforcements de la présence des enseignants de langues incluant la discipline
du français?
- Quels laboratoires créés par l’Etat dans les lycées afin d’y approfondir l’expression orale?
- Quels dispositifs nationaux pour accompagner les échanges internationaux de nos
enfants ?
- Jusqu’où les Conseils régionaux devront-ils aller pour remédier aux défaillances dans un
domaine, l’Education, qui doit demeurer la compétence de l’Etat ?
- Peut-on décemment exiger des communes, déjà étranglées financièrement, d’assumer sur leurs deniers les activités culturelles ou artistiques (musique et arts plastiques notamment) ainsi externalisées ?
De ces questions, et à ce jour, le Ministère de l’Education n’en dit mot.
Une réforme véritable aurait pourtant dû reconstruire les fondements des connaissances altérées, assurer une prise en charge personnalisée des élèves. Tel n’est pas le cas : loin de rebâtir des grilles horaires dignes de ce nom, seule garantie d’une formation de qualité, le gouvernement esquive cet aspect crucial. Plus encore, il décide de poursuivre la politique de suppressions de postes dans la Fonction Publique d’Etat. Il fusionne les filières en classe de première, y alourdissant davantage encore les effectifs et les difficultés des plus fragiles, ceux que la réforme prétend privilégier.
On comprend dès lors le subterfuge qui consiste à engager des prétendues « discussions » jusqu’en décembre prochain pour présenter au Parlement, un projet de réforme en catimini, au moment même où bon nombre de citoyens auront notamment l’attention tournée vers les consultations régionales.
A contre-courant de cette démarche, le parti socialiste fera de 2011, une année centrée sur la question éducative. Une convention nationale préparée dans chaque fédération par une série de forums, débats et rencontres entre organisations éducatives, militants, parents d’élèves, sous la responsabilité de la future commission éducation, permettra de poser tous les termes du débat, de définir les bases d’une Education ambitieuse au service de la jeunesse.
C’est ce qui sera proposé à l’ordre du jour du prochain secrétariat fédéral
Annexes présentant l’évolution des horaires élèves
La réforme de 2000 réduit les enseignements de langues vivantes de 6 à 5 heures, la langue vivante 2 passe de 3 à 2 heures, soit une perte cumulée de 100 heures dans cette seule discipline de la Seconde à la Terminale
Ex : un élève ayant choisi la langue vivante II – grand débutant en classe de seconde
|
|
Avant 1993
|
Réforme 1993 créant les sériesES,S,L |
Réforme 2000 |
Réforme 2010 |
|
seconde |
5 heures
|
3 heures |
2 heures 30 |
? |
|
1ère |
5 heures |
3 h |
2 h |
? |
|
Tle |
3 |
3 h |
2 h |
? |
A titre de comparaison, dans un lycée turque, un élève dispose aujourd’hui hebdomadairement de 10 heures par semaine pour la LV I (6) et la LV II( 4)
2- Avec la réforme créant la série Sciences et technologies de la gestion, dans la dominante de spécialité (gestion, marketing, communication, informatique), le tableau ci-dessous schématise bien l'évolution négative.
|
Avant 1993 |
Réforme 1993 (STT) |
Réforme 2005 (S.T.G.) |
Réforme 2008 |
|
12 heures
|
9 heures |
8 heures |
? |
3- Pour mémoire, en collège, les enseignements de français s’élevaient à 6 heures en classe de collège dans les années 80, aujourd’hui…. 4 heures 30, soit une perte de 200 heures environ dans cette seule matière en premier cycle du secondaire
JL MINIER