Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /2009 13:34

Notre camarade Jean Luc MINIER nous avait fait parvenir il y a quelques jours une analyse extèmement pertinente sur la réforme du lycée . J'ai peur que ce texte ait été négligé par certains à cause de notre campagne interne et celà un peu par ma faute. Pour "réparer", je me permet de le reprendre tel quel sur mon blog



Il s’agit d’une Lapalissade de constater que l’élève d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y  a 20 ans. Davantage fasciné par les mirages l’économie de marché, encore plus inscrit dans le mouvement  et dans l’activisme que lui propose la société, l’enfant puis l’adolescent sont  devenus plus sollicités et instrumentalisés que jamais !


Parce que le système scolaire s’était développé en dehors de l’espace marchand, il semblait que la transmission des valeurs laïques et républicaines, étaient  étroitement dépendantes du seul espace scolaire. Or, en  quelques décennies, plutôt que de contribuer à innerver ces valeurs et construire la conscience du futur citoyen, les ministères successifs n’on cessé de saper les bases de l’Instruction:

-  Recul de l’âge de la scolarisation (de 2 à 3 ans),

- Suppression du samedi matin à l’école élémentaire.

- Coupes claires dans de nombreux domaines disciplinaires, comme la  littérature (amputée, dans le secondaire, de l’équivalent de deux ans d’enseignement). l

- Langues peau de chagrin dont l’horaire a fondu depuis 2000.

- Disciplines technologiques amoindries  en 1993 et 2005.

- Options culturelles et artistiques réduites à la portion congrue.


Cette logique conjuguée  avec l’habitude des classes aux effectifs bondés (30 à 35 élèves par division au niveau déterminant de la classe de seconde) affaiblit irrémédiablement le collège, puis le lycée. Parce que ces amputations réduisent, non seulement la place nécessaire à la transmission des savoirs, mais aussi celle  de l’aide méthodologiques, des synthèses, des exposés jadis rendus possibles par des horaires plus amples, les projets récents ont fragilisé la qualité de l’enseignement. Ce rétrécissement actuel a  compromis les chances de réussite de bon nombre de lycéens. Ceux-ci, manquant  des connaissances, de références culturelles, de méthodes efficaces de travail, échouent, au moins dans un premier temps, face aux exigences d’un enseignement supérieur, devenu point de passage incontournable de leur future insertion.


Ainsi, la déclaration d’intention visant à la « revalorisation des compétences linguistiques des élèves » laisse songeur. Au-delà de cette posture déclarative, nous sommes en droit de nous poser les questions cruciales :

- Quels renforcements de la présence des enseignants de langues incluant la discipline du  français?

- Quels laboratoires créés par l’Etat dans les lycées afin d’y approfondir l’expression orale?

- Quels dispositifs nationaux pour  accompagner les échanges internationaux de nos enfants ?

- Jusqu’où les Conseils régionaux devront-ils aller pour remédier aux défaillances dans un domaine, l’Education, qui doit demeurer la compétence de l’Etat ?

- Peut-on décemment exiger des communes, déjà étranglées financièrement, d’assumer sur leurs deniers les activités culturelles ou artistiques (musique et arts plastiques notamment) ainsi externalisées ?


De ces questions, et à ce jour,  le Ministère de l’Education n’en dit mot.


Une réforme véritable aurait pourtant dû reconstruire les fondements des connaissances altérées, assurer une prise en charge  personnalisée des élèves. Tel n’est pas le cas : loin de rebâtir des grilles horaires dignes de ce nom, seule garantie d’une formation de qualité, le gouvernement esquive cet aspect crucial. Plus encore, il décide de poursuivre la politique de suppressions de postes dans la Fonction Publique d’Etat. Il fusionne les filières en classe de première, y alourdissant  davantage encore les effectifs et  les difficultés des plus fragiles, ceux que la réforme prétend privilégier.                                        



On comprend dès lors le subterfuge qui consiste à engager des prétendues « discussions » jusqu’en décembre prochain pour présenter au Parlement, un projet de réforme en catimini, au moment même où bon nombre de citoyens auront notamment l’attention tournée vers les consultations régionales.

 

A contre-courant de cette démarche, le parti socialiste fera de 2011, une année centrée sur la question éducative. Une convention nationale préparée dans chaque fédération par une série de forums, débats et rencontres entre organisations éducatives, militants, parents d’élèves, sous la responsabilité de la future commission éducation,  permettra de poser tous les termes du débat, de définir les bases d’une Education ambitieuse au service de la jeunesse.

C’est ce qui sera proposé à l’ordre du jour du prochain secrétariat fédéral

 

Annexes présentant l’évolution  des horaires élèves

 

La réforme de 2000 réduit les enseignements de langues vivantes  de 6 à 5 heures, la langue vivante 2  passe de 3 à 2 heures, soit une perte cumulée de 100 heures dans cette seule discipline  de la Seconde à la Terminale

 

Ex : un élève ayant choisi la langue vivante II – grand débutant en classe de seconde

 

 

Avant 1993

 

Réforme 1993

créant  les sériesES,S,L

Réforme 2000

Réforme 2010

seconde

5 heures

 

3 heures

2 heures 30

?

1ère

5 heures

3 h

2 h

?

Tle

3

3 h

2 h

?

 

A titre de comparaison, dans un lycée turque, un élève dispose aujourd’hui hebdomadairement de 10 heures par semaine pour la  LV I (6)  et la  LV II( 4)

 

    2-  Avec  la réforme créant la série Sciences et technologies de la gestion, dans la           dominante  de spécialité  (gestion, marketing, communication, informatique), le tableau ci-dessous schématise bien l'évolution négative.

 

Avant 1993

Réforme

1993 (STT)

Réforme 2005

(S.T.G.)

Réforme 2008 

12 heures

 

9 heures

8 heures

?

 

   3- Pour mémoire, en collège, les enseignements de français s’élevaient à 6 heures en classe de  collège  dans les années 80, aujourd’hui…. 4 heures 30, soit une perte de 200 heures environ dans cette seule matière en premier cycle du secondaire

 

                  JL MINIER

 

Par Michel Naudin - Publié dans : socialisme
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